|
ECOLE
ET UNIVERSITE
Jeudi
23 octobre 2008
Le
17 octobre, plusieurs centaines de milliers de personnes ont fait
grève et ont manifesté dans les principales villes d'Italie.
Berlusconi a tenté d'y répondre par la répression, mais le
mouvement continue. A l'avant-garde du mouvement se trouvent les
enseignants et les étudiants. Par dizaines de milliers, ceux-ci se
sont retrouvés le 30 octobre dans les rues de Rome pour protester
contre la réforme de l'enseignement, la « loi Gelmini », qui avait
été adoptée la veille par le Sénat. Fabiana Stefanoni, une
enseignante du Parti
d'Alternative Communiste ,
la section italienne de la LIT-QI, fait le point sur la situation.
Berlusconi
veut la guerre ? Il l'aura !
Une
grande grève générale, dès maintenant, de l'ensemble du monde
du travail, pour imposerle retrait du décret Gelmini et par la suite
faire tomber le gouvernement policier !
Ce
n'est pas nous qui payerons leur crise !
Ce
n'est pas nouveau dans l'Histoire : quand les travailleurs descendent
dans la rue et occupentleurs lieux de travail, les gouvernements des
patrons font usage des matraques. Cela vaut pour les gouvernements de
toutes les couleurs, de centre-droit comme de centre-gauche.
Berlusconi
croit qu'il peut effrayer les gens : après l'affrontement contre des
étudiants sans armes à Milan, il a annoncé qu'il était prêt à
utiliser la force contre les milliers d'étudiants et travailleurs
qui occupaient les écoles et les universités. Il pense pouvoir nous
effrayer mais il oublie que nous n'avons plus rien à perdre. Si le «
massacre Gelmini
» de
l'école publique passe, nous tous, les 200.000 travailleurs
précaires de l'éducation, qui depuis des décennies attendons de
pouvoir accéder à un poste fixe,nous deviendrons tout simplement
des chômeurs.
En
effet, l'introduction de l'enseignant unique
dans
l'école primaire n'est que le premier acte d'un plan qui prévoit la
disparition - par décision du gouvernement - du problème des
enseignants précaires : avec la réduction des heures de cours par
semaine, la fusion des classes de matières pour les concours,
l'augmentation du nombre maximal d'étudiants par classe (déjà
élevé à 30 par Fioroni, il atteindrait maintenant 35), il n'y aura
plus de promotions à des contrats déterminés. L'épargne prévue
dans le budget, sur le dos des travailleurs, est de 8 milliards
d'euros. Le processus pour lequel le gouvernement a donné son feu
vert prévoit la privatisation de tout le système scolaireet
universitaire. Déjà avec le décret de Bersani pendant le
gouvernement de Prodi (soutenu par Refondation
Communiste avec
le ministre Ferrero), les écoles ont été transformées en
fondations de droit privé, avec pour conséquence l'ouverture au
financement privé. A présent, c'est au tour des universités de
subir le même sort : elles seront complètement privatisées. Le
sort de tant de chercheurs et de boursiers de l'université, qui font
avancer la recherche pour800 euros par mois, est analogue à celui
des professeurs d'école, c'est-à-dire le chômage.
Travailleurs
et étudiants unis dans la lutte
Si
Berlusconi est contraint d'en venir aux menaces, c'est parce qu'il
voit que de l'autre côté de la barricade, il y a un mouvement fort.
Les écoles et les universités sont occupées ; les étudiants, les
enseignants et les parents sont unis dans la lutte, avec la
conscience du fait que la seule voie possible pour sauver l'école
publique du massacre est de poursuivre la mobilisation jusqu'au bout.
Le résultat extraordinaire de la grève du 17 octobre, qui a vu des
centaines de milliers de personnes dans la rue, a montré au
gouvernement que les travailleurs et les étudiants n'ont pas
l'intention d'accepter le démantèlement de l'école des fils
des travailleurs pour donner du fric aux écoles privées des patrons
et du Vatican, ou aux banquiers en crise. Sur base de ce résultat
important, il faut multiplier les occupations, les expériences
d'autogestion et d'arrêt des cours, jusqu'au retrait du décret
Gelmini. Il est important pour lemouvement de lutte de marquer ce
point en faveur des travailleurs.
Vers
une grève générale jusqu'au bout !
Le
décret doit être approuvé le 31 octobre et ce n'est pas un hasard
si le gouvernement a annoncé qu'il serait approuvé (avec la
confiance) le 29, soit un jour avant la grève générale de l'école
convoquée par les syndicats Cgil, Cisl et Uil. Comme nous l'avions
dit, il est grave que les bureaucraties syndicales aient décidé
d'appeler à une grève quand les jeux sont faits, aveccomme résultat
de boycotter partiellement la grève du 17 octobre et de diviser le
front destravailleurs. Mais à présent, il faut construire un plan
de lutte en vue de la grève du 30 octobre, de manière à la
transformer d'un rituel vide en un nouveau départ pour la lutte.
Soyons conscients - et c'est une conscience qui se développe de
plus en plus parmi les travailleurs en mobilisation - que seule une
grève générale menée jusqu'au bout (comme celle qui a eu lieu en
France, il y a quelques années) de l'ensemble du monde du travail,
pas seulement dans les écoles, un grève qui mettrait à l'arrêt
l'Italie et la production, pourrait arrêter les attaques du
gouvernement Berlusconi.
Ce
n'est pas nous qui payerons leur crise !
Le
ministre Sacconi, conscient du fait qu'une époque de luttes
s'annonce, a déjà fait part de sonintention de remettre en
discussion le droit de grève. Les travailleurs n'attendront pas. La
crise du système capitaliste frappe non seulement les travailleurs
de la fonction publique mais aussi tous les autres travailleurs, à
commencer par les ouvriers. Les luttes qui aujourd'hui commencent
dans les écoles continueront dans les usines. On annonce une époque
de licenciements, de restructurations, de faillites. Comme le
récitent les universitaires en lutte dans leurs couplets : les
patrons vont vouloir nous faire payer la crise, mais nous, nous ne
pensons pas payer cette crise.
Dans
les luttes d'aujourd'hui comme dans celles de demain, les
révolutionnaires interviendront pour construire avec loyauté et
abnégation des comités de lutte, des occupations et des assemblées
permanentes. Et pour faire avancer cette conscience qui est déjà en
train de prendre forme, que ni les gouvernements de centre-droit ni
ceux de centre-gauche ne pourront donner une réponse à ceux qui
aujourd'hui sont en train de payer la crise du système, c'est-à-dire
les travailleurs et les jeunes. Seule une perspective
révolutionnaire, ouvrant la voie vers une économie socialiste,
planifiée sur base des besoins des masses et non au profit de
quelques-uns, dirigée par un gouvernement de travailleurs, fera
éviter le gouffre vers lequel le capitalisme en faillite pousse
l'humanité.
ECOLE
Continuons
la lutte sans attendre un référendum
Grève
générale jusqu'au bout
A
bas le gouvernement Berlusconi !
Hier,
le parlement a approuvé le décret Gelmini, qui maintenant fait
force de loi. Mais les loisne sont que des feuilles de papier : elles
ne reflètent que le rapport de forces. Les places publiques pleines
d'hier, la grève d'aujourd'hui (même si appelée avec du retard par
la bureaucratie syndicale) et les grandes manifestations de ce matin
sont la démonstration qu'il faut continuer à se battre afin
d'imposer par la lutte la défaite du gouvernement et son
renversement, sans attendre le référendum
proposé
par le Parti Démocrate et le Parti de la Refondation Communiste, les
forces qui ont mis en œuvre le massacre actuel de l'école avec le
gouvernement précédent.
Le
gouvernement Berlusconi se trouve en difficulté. Il a d'abord
annoncé une intervention de la police, puis, devant l'échec de
cette menace, face à des manifestations de plus en plusgrandes, il a
décidé de laisser le terrain libre (hier à Rome) aux groupes de
choc fascistes, couverts par la police. Mais même cela n'a pu
freiner un mouvement gigantesque et croissant. Il faut organiser
immédiatement des formes d'autodéfense des manifestations, afin que
lescortèges ne soient pas à la merci de groupes de choc, avec ou
sans uniformes.
Pour
que le mouvement puisse grandir et vaincre, aussi bien contre
l'attaque envers l'école que contre l'attaque globale anti-ouvrière
que Berlusconi prépare pour faire payer la crise ducapitalisme aux
travailleurs, il faut renforcer et développer les liens entre les
mobilisations des étudiants et des travailleurs, mettre sur pied des
structures de coordination nationale des luttes,construire une grande
grève générale unitaire et prolongée jusqu'à la chute du
gouvernement.
Les
militants du Parti d'Alternative Communiste s'engagent ces jours-ci
dans chaque cortège, dans chaque assemblée, afin de soutenir cette
perspective.
note
En
Italie, une grande partie des enseignants - dont l'auteur de ce
texte - ont souvent un statut précaire, avec des horaires
dispersés, pendant plusieurs dizaines d'années. L'obtention d'un
poste fixe est soumise à des concours avec très peu de places
disponibles à la clef. La nouvelle loi prévoit de durcir encore ces
conditions en fusionnant des « matières proches », comme par
exemple l'électronique et l'électrotechnique.
La
réforme réintroduit l'enseignant
unique dans
les classes, alors que depuis plus de vingt ans, en Italie, on compte
trois enseignants pour deux classes, dans toutes les écoles
maternelles et primaires publiques. - Les notes sont de la
traduction.
Après
l'adoption de la loi Gelmini par le Sénat, Walter Veltroni, le maire
de Rome, le chef de file du Parti Démocrate et de l'alliance
Arc-en-ciel lors des élections où il a été vaincu par Berlusconi,
a proposé de récolter des signatures pour obtenir un référendum
abrogatoire contre la loi. Il a eu le soutien de Rifondazione dans
cette initiative.
|